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EXEGY et EQIOM : un partenariat d’innovation pour accélérer le béton bas carbone

EXEGY et EQIOM : un partenariat d’innovation pour accélérer le béton bas carbone

EXEGY et EQIOM associent leurs expertises pour faire de l’innovation un levier concret de décarbonation du béton, au plus près des réalités du chantier.

La décarbonation de la construction ne se gagnera ni par des solutions isolées, ni par des innovations déconnectées du terrain. Elle repose au contraire sur une coopération étroite entre les acteurs industriels et les constructeurs, capable de transformer la R&D en solutions concrètes, sûres et déployables sur les chantiers. 

C’est dans cet esprit que s’inscrit le partenariat entre EXEGY, VINCI Construction et EQIOM (filiale du groupe international CRH leader dans le domaine des matériaux de construction – agrégats, ciments, béton…) : associer une R&D conjointe à une ambition très opérationnelle, celle de développer et d’appliquer sur les chantiers de VINCI Construction des solutions béton toujours plus performantes et moins carbonées. L’objectif est clair : accélérer la décarbonation du béton en s’appuyant à la fois sur l’expertise industrielle d’EQIOM et sur les retours d’expérience terrain de VINCI Construction. 

Dans cet entretien, Antoine Geoffroy, directeur innovation chez CRH France / EQIOM et Jean-Pascal Soufflet, Directeur des ciments et solutions durables d’EQIOM, partagent leur vision sur les leviers d’innovation, les conditions de passage à l’échelle et le rôle des partenariats industriels pour faire du béton bas carbone une réalité de chantier. 

Vinci à LU 5

1. Innovation & R&D 

EXEGY : Proposition retravaillée : Pour commencer, revenons au cœur de votre démarche d’innovation. Comment définiriez-vous aujourd’hui l’innovation chez EQIOM ? 

Antoine Geoffroy : Chez EQIOM, l’innovation n’est pas une fin en soi, c’est un moyen au service d’une ambition qui consiste à apporter des solutions pragmatiques aux enjeux de nos clients. Pour cela il nous est essentiel d’avoir une proximité avec nos clients pour comprendre leurs défis et identifier les nouvelles idées, les produits, les services qui apporteront une vraie valeur au marché. Dans ce contexte nous sommes amenés à développer de plus en plus de partenariats mêlant innovation & performance durable comme celui avec EXEGY. En somme, coconstruire les solutions de demain. Ou pour reprendre notre raison d’être : réinventer notre façon de construire le monde. 

EXEGY : Dans cette logique d’innovation opérationnelle, quels sont aujourd’hui les principaux leviers sur lesquels EQIOM investit pour faire évoluer le béton et les liants ? 

Jean-Pascal Soufflet : Sur ce périmètre, nous concentrons nos efforts sur 3 axes majeurs : 

  • La réduction de l’empreinte carbone de nos ciments : nous travaillons sur de nouveaux procédés dans nos usines moins émetteurs et moins énergivores.  

Pour rendre les choses le plus concret possible voici 3 exemples (1 pour chacune de nos usines) :  

Le premier exemple est notre nouvelle ligne de production de notre cimenterie EQIOM de Lumbres. Ce sont 315 millions d’euros investis, avec le soutien de la France à travers France 2030 / NextGenerationEU à hauteur de 39 millions d’euros. Et à la clef : – 20 % de CO2 / tonne de ciment ; 2 fois moins de besoins en eau ; une ambition de 0 combustible fossile. Le tout avec un four compatible avec l’oxycombustion ouvrant la voie au captage du capter le C02.  

Le second exemple est notre cimenterie EQIOM de Rochefort-sur-Nenon où nous avons inauguré en 2025 une nouvelle installation de valorisation de déchets. Moins de fossiles, moins de CO2.  

Le troisième exemple est notre cimenterie EQIOM d’Héming où nous avons modernisé notre broyeur ciment. Moins de clinker, moins de CO2. 

  • Les formulations : nous travaillons sur de nouvelles formulations ainsi que l’optimisation des ajouts alternatifs au clinker comme le laitier ou le calcaire et d’autres plus novateurs au cœur de notre R&D. Notre gamme Ultra R illustre déjà cette approche.  
  • Les liants alternatifs : nous explorons différentes solutions dans ce cadre, que ce soit des géopolymères, ou d’autres liants hydrauliques innovants. C’est un chantier de long terme mais essentiel. 

Pour accélérer sur ces sujets, nous étudions la création en France d’un centre de R&D à dimension européenne dédié aux liants à empreinte carbone réduite. Et si notre maison-mère pense que nous sommes les mieux placés pour accueillir un tel projet, c’est grâce à l’expertise de nos équipes capitalisant sur plusieurs décennies d’innovation en laboratoire et en usine.  

EXEGY : Vous insistez sur l’importance du terrain. Quel rôle jouent concrètement les constructeurs dans l’orientation de vos programmes de R&D ? 

AG : Les constructeurs occupent une place absolument centrale. Ils sont nos meilleurs capteurs pour comprendre les besoins de nos clients de la conception à la livraison du bâti. 

Ils nous confrontent aux contraintes du chantier : les cadences, les conditions de mise en œuvre, les exigences de durabilité, les attentes des maîtres d’ouvrage. Sans ce retour terrain, nous risquerions de développer de bonnes solutions techniques, sur le papier, manquant toutefois de prise avec la réalité. 

Notre partenariat avec EXEGY illustre cette philosophie. Ce sont des espaces de collaboration entre industriels et constructeurs où nous œuvrons en tant que partenaires d’une même transformation – et non plus seulement dans une relation client-fournisseur. Nous allons ainsi plus loin, plus vite, avec plus d’impact pour réussir la transition écologique. 

EXEGY : La décarbonation du béton est désormais un enjeu central pour toute la filière. Parmi les pistes actuellement disponibles, quels leviers vous semblent les plus efficaces et les plus immédiatement mobilisables ? 

JPS : Il n’existe pas de solution miracle unique pour décarboner les bétons. Nous devons trouver les bonnes combinaisons de leviers. À court terme (2025-2030), les leviers les plus efficaces semblent être :

  • La réduction de l’empreinte carbone de chaque tonne de ciment. Rappelons-le, le poids carbone du ciment représente l’essentiel du poids carbone d’un mètre cube de béton frais non armé. C’est pourquoi nous investissons pour optimiser la thermie de nos fours, réduire la part de fossile et réduire la part de clinker dans les ciments : c’est le levier le plus mature et le plus impactant. Chaque point de clinker remplacé par des additions minérales réduit directement l’empreinte carbone. 
  • L’optimisation des formulations : faire mieux avec moins de liant et plus de matériaux à empreinte carbone réduite – voire, qui sait, à empreinte négative ? 
  • À moyen-long terme (2030-2050), d’autres leviers devront monter en puissance :

– le captage et stockage/valorisation du carbone (CCUS) pour s’attaquer aux émissions incompressibles du clinker. 
– l’essor des liants alternatifs, corrélé à la transformation des méthodes constructives qui ne peuvent se concevoir sans collaboration avec les constructeurs.

Soyons lucides : aucun de ces leviers ne suffira seul. Capter le CO2 n’a de sens qu’après avoir atteint le potentiel maximal de tous les autres leviers. Et, parmi eux, certains ne peuvent fonctionner qu’à travers des partenariats durables entre tous les acteurs de la chaîne de valeur de la construction. 

EXEGY : Cette transition suppose aussi de trouver le bon équilibre entre performance carbone, performances techniques et réalité économique. Comment EQIOM arbitre-t-il entre ces trois dimensions ? 

AG : L’équilibre entre décarbonation, caractéristiques techniques et coût est sans doute le plus grand défi. Notre rôle est de bien comprendre les besoins de nos différentes typologies de clients afin de trouver le point d’équilibre et développer une gamme répondant aux différents besoins.  

Nous pensons en effet qu’il n’existe pas un équilibre mais des solutions appropriées, parfois même sur-mesure, à chaque client, chaque projet, chaque géographie. 

L’équation carbo-économique doit se résoudre dans son ensemble au niveau de l’ouvrage et non au M3 de béton acheté. Tous les bétons de l’ouvrage n’ont pas besoin des mêmes performances. Il est donc important de mettre le bon béton au bon endroit afin d’optimiser l’équation et les contraintes chantiers (la rapidité de démoulage pour tenir les cadences par exemple). Certains lots sont plus efficients que d’autres pour réduire le poids carbone de l’ouvrage et nous travaillons sur cette efficience dans les nouvelles solutions que nous développons. 

Nous avons donc, depuis plusieurs années, développé des solutions comme DigiBéton pour permettre à nos clients de piloter leur budget carbone avec la même acuité que l’on sait piloter un budget financier. Toupie après toupie, nos clients peuvent ajuster les bétons livrés et équilibrer le bilan carbone à l’échelle de l’ouvrage, selon les différentes étapes du chantier.

EXEGY : Chez EXEGY, nous faisons le même constat : l’innovation ne prend tout son sens que lorsqu’elle peut être éprouvée sur le terrain, puis standardisée et déployée à l’échelle industrielle. Dans cette perspective, quels freins identifiez-vous aujourd’hui au passage des solutions bas carbone de l’expérimentation à la massification ?

Existe-t-il des freins au passage de l’innovation bas carbone à la massification ?

JPS : Oui, il y en a plusieurs.  

Les principaux freins que nous identifions : 

  • L’aversion au risque : le secteur de la construction est, par nature, prudent. Changer de matériau ou de formulation demande du temps, des tests, des assurances. C’est légitime, mais cela ralentit la diffusion. 
  • Les matériaux à empreinte carbone réduite nécessitent parfois aussi des changements de pratiques dans les méthodes d’application et les compétences associées. Ces changements d’habitude et de compétences demandent du temps. 
  • L’acceptabilité économique : les solutions à empreinte carbone réduite sont encore trop souvent perçues comme un surcoût plutôt qu’un investissement. 

Mais nous voyons aussi des signaux encourageants : la RE2020 en France, les objectifs européens, l’engagement croissant des maîtres d’ouvrage. Le contexte réglementaire et sociétal pousse désormais dans le bon sens. À nous, industriels et constructeurs, de mettre en place l’accompagnement nécessaire pour accélérer. 

EXEGY : Dans ce passage à l’échelle, la réglementation et les normes jouent un rôle déterminant. Selon vous, le cadre normatif agit-il aujourd’hui plutôt comme un accélérateur ou comme un frein à l’innovation bas carbone ?

AG : Les deux, selon les géographies et les sujets. 

En France, la RE2020 est clairement un accélérateur. Elle crée une obligation de résultat, pousse l’ensemble de la filière à évoluer dans le bon sens. 

En revanche, sur le plan normatif technique (normes produits, DTU, Eurocodes), le système peut être un frein. Les cycles de révision et procédures d’homologation peuvent être complexes et long ce qui amène certaines innovations à mettre des années à être reconnues. 

Il faut trouver un équilibre entre sécurité et agilité. Nous avons besoin de normes qui protègent, mais qui n’entravent pas. C’est pour cela qu’une approche par la performance plutôt que par la prescription semble être un bon équilibre. 

Pour faire émerger et déployer ces solutions, la coopération entre industriels et constructeurs apparaît comme une condition essentielle. C’est précisément l’ambition d’EXEGY : croiser les expertises, confronter les innovations aux réalités du chantier et accélérer leur diffusion dans la filière. 

EXEGY : Dans ce contexte, que permet concrètement une coopération structurée entre grands acteurs industriels et constructeurs ? 

AG : Elle permet de passer de l’expérimentation à l’échelle. Et c’est là que tout se joue. 

Concrètement, une coopération structurée permet : 
De co-définir les besoins : les constructeurs savent ce qui fonctionne sur chantier, nous savons ce qui est techniquement possible. Le dialogue permet d’orienter la R&D vers les bonnes priorités. 

  • D’accélérer l’apprentissage : chaque chantier est l’opportunité de déployer de nouvelles solutions, d’apprendre et de nous améliorer. 
  • De créer un effet d’entraînement : quand un grand constructeur adopte une solution à empreinte carbone réduite, cela envoie un signal fort au reste du marché. Cela crée une dynamique collective. 

C’est tout l’intérêt d’EXEGY : structurer cette coopération, la rendre pérenne, et en faire un levier de transformation à l’échelle de la filière.

EXEGY : Quels sont, selon vous, les facteurs clés de succès d’un partenariat industriel durable et équilibré ? 

AG : Un partenariat réussi repose sur trois piliers : la confiance, la transparence, et l’équilibre. 

  • La confiance : elle se construit dans la durée, par la preuve. Nous devons tenir nos engagements, partager nos réussites comme nos échecs, et avancer ensemble. 
  • La transparence : Pas de partenariat solide sans partage d’information. Cela suppose aussi de protéger la propriété intellectuelle de chacun, tout en créant de la valeur commune. 
  • L’équilibre : un partenariat ne peut pas être à sens unique. Il faut que chaque partie y trouve son compte : accès à l’innovation pour les uns, retour terrain et volumes pour les autres. C’est cet équilibre qui rend le partenariat durable. 

Et surtout : un partenariat doit être orienté vers un objectif commun, plus grand que les intérêts individuels. Dans notre cas, c’est la décarbonation du secteur. C’est cette ambition partagée qui donne du sens à la coopération. 

EXEGY : Projetons-nous maintenant vers l’avenir. À horizon 2035-2050, comment imaginez-vous l’évolution du béton et des solutions constructives bas carbone ? 

JPS : Le béton de demain sera multiple, circulaire, et sobre en carbone. 

Multiple, parce il sera de plus en plus optimisé pour un usage spécifique.  Nous irons de plus en plus vers une logique de solutions sur mesure. La dimension de service client est donc clé pour accompagner cette tendance. C’est d’ailleurs l’une des raisons d’être de notre centre d’assistance technique à Lesquin. 

Circulaire, en intégrant davantage de matériaux recyclés. L’économie circulaire ne sera plus une option, mais un standard avec une traction qui passe notamment par la commande publique. La loi climat-résilience, consécutive à la convention citoyenne pour le climat, voit entrer en vigueur, en 2026, une disposition qui renforce l’importance d’incorporer du recyclé dans la commande publique. 

Sobre en carbone, parce que nous aurons réussi à réduire drastiquement l’empreinte du clinker, à déployer des liants alternatifs, et à initier le captage carbone dans nos process industriels. Notre objectif chez EQIOM est clair : -30% d’émissions d’ici 2030, et nous travaillons déjà sur la trajectoire 2050. 

Mais soyons lucides : ce béton de demain ne se fera pas tout seul. Il nécessite des investissements massifs en R&D, des évolutions normatives, et surtout une volonté collective de transformer nos pratiques. 

EXEGY : Dans cette trajectoire, pensez-vous que le béton restera un matériau central de la construction, ou devra-t-il se transformer en profondeur pour conserver toute sa place ? 

JPS : Le béton restera central, mais à condition de se réinventer. Et cette réinvention est déjà en cours. 

Le béton a des atouts incomparables : sa polyvalence, sa durabilité, sa résistance, sa capacité à s’adapter à tous les usages, et son aspect local (la chaine de valeur de la carrière au chantier qui est totalement locale). Aucun autre matériau ne combine autant de qualités. 

Mais il a aussi une zone de progrès : son empreinte carbone.  

La bonne nouvelle, c’est que des solutions existent. Certaines sont déjà déployées et d’autres encore plus performantes vont arriver.

EXEGY : Pour conclure sur une note plus personnelle, quelle conviction aimeriez-vous partager pour inspirer et accélérer la décarbonation du secteur ? 

AG : Ma conviction est simple : la décarbonation ne se décrète pas, elle s’accompagne. 

On ne transformera pas les pratiques sans accompagnement. Il s’agit d’une transformation long terme qui nécessite : 

  • Un travail pédagogique collectif pour démystifier les solutions à empreinte carbone réduite et expliquer ce qui fonctionne 
  • Coconstruire : développer les innovations avec ceux qui vont les mettre en œuvre, en tenant compte de leurs contraintes réelles. 
  • Mesurer et prouver : entrer dans la preuve avec les chantiers. 

Chez EQIOM, nous ne vendons pas seulement des produits à empreinte carbone réduite, nous accompagnons leur mise en œuvre. Nous formons, testons ensemble, partageons. 

C’est ensemble que nous y arriverons.

EXEGY : Et, pour terminer, quel rôle des initiatives collectives comme EXEGY peuvent-elles jouer pour accélérer cette transformation et entraîner l’ensemble de la filière ? 

AG : EXEGY peut jouer un rôle de catalyseur. Catalyseur, parce qu’elle crée une dynamique collective. Quand des acteurs majeurs comme VINCI et EQIOM s’engagent ensemble, cela envoie un signal fort au reste du marché.  

EXEGY est à l’initiative d’un modèle de coopération industrielle pour la filière construction. Et c’est exactement ce dont nous avons besoin.  

EXEGY : Je remercie EQIOM pour cet échange riche et éclairant. Il confirme une conviction forte et partagée : l’avenir du béton passera par des matériaux plus sobres et circulaires, mais surtout par une coopération étroite entre industriels et constructeurs pour transformer l’innovation en solutions concrètes, fiables et déployables à grande échelle.